Une famille autour du monde

Du sous-continent indien aux indiens des Amériques ...

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Depart pour Jaisalmer

Route vers Jaisalmer, le 25 février

La nuit a encore été bonne. Nous reprenons des forces … sans doute que le décalage horaire s’amenuise.


Avant les 5 à 6 heures de route pour … les 278 kms qui constituent le trajet vers Jaisalmer ( !?), nous partons nous promener une heure autour de la place de l’horloge pour découvrir les étals des marchands qui y travaillent. Nous traversons successivement le marché lui-même puis les quartiers qui l’environnent et qui représentent chacun une profession : ferronnier, confiseur, couturier, … Chaque échoppe fait au maximum deux mètres de large. Seule la longueur souvent diffère selon les besoins de l’activité.


Nous rentrons enfin à l’hôtel : Suraj nous y attend. A nous Jaisalmer !

La voiture est aménagée pour rendre le voyage le plus agréable possible, c’est-à-dire sur 3 rangées. Le coffre étant minimum, nos 2 sacs voyageront sur la galerie.


La route est effectivement longue et les dangers fréquents obligent les chauffeurs à ne jamais trop accélérer. Ainsi, si la vitesse limite est fixée à 90 km/h, il serait fou de tenter de l’atteindre car combien de fois avons-nous dû nous arrêter brutalement, une vache se décidant tout à coup à traverser la route. Mais les vaches ne sont pas les seuls dangers : il y a aussi les autres véhicules qui, soit oublient souvent de tenir leur direction, soit doublent en plein virage parce leurs 30 tonnes pousseront fatalement l’adversaire à préférer les cordes plutôt que le ring. Heureusement, Suraj a toujours le bon réflexe et anticipe, préférant affronter le bas-côté plutôt que ses brutes bodybuildées.

Quoique toujours plat, le paysage change petit à petit imperceptiblement. La terre se transforme doucement en sable tandis que nous roulons vers le désert du Thar. Il a beaucoup plu dernièrement et la végétation constituée d’arbustes reste omniprésente. Le désert restera vert cette année dans l’attente de la saison chaude (juin) où la température pourra monter jusqu’à 52 °C, faisant fuir les touristes.

La route est longue :, nous croisons des vaches bien évidemment, mais aussi des buffles d’eau, des petites gazelles, des paons et des troupeaux de dromadaires qui rompent la monotonie de ce voyage dont l’allure maximum aura été 80 km/h. Les filles restent heureusement assoupies une bonne partie du trajet.

Déjeuner pris dans une gargote de bord de route, servis par un « idiot du village » aux méthodes peu orthodoxes et où l’on nous déleste du double du prix habituel, la méthode rendant furieux notre guide qui s’en explique avec le tenancier du lieu, mais sans obtenir satisfaction. Nous n’aurions pas dû payer si vite. Cela nous servira de leçon.

Suraj nous explique alors les rapports des indiens avec l’argent. Ainsi, notre chauffeur de la veille a touché 2 000 roupies de commission de la part de l’hôtel sur les 7 000 que nous avons versés. Cela explique donc le décalage entre les prix du guide et ce que nous avons payé réellement. Quand je pense qu’ils ne voulaient pas se rendre dans cet hôtel !!! Suraj quant à lui nous déclare qu’il n’est pas commissionné, voulant bâtir une relation de confiance avec ses clients. Peut-être un jour pourra t’ il ainsi ouvrir sa propre entreprise de transport et compter sur sa notoriété. Quoique ayant été bernés, nous respirons : si l’augmentation des prix est bien présente en Inde, elle n’est pas si importante. Notre budget n’explosera donc pas, bien au contraire, car Suraj nous orientera prioritairement vers des adresses à bon rapport qualité prix.

Cette augmentation des prix est toutefois source d’inquiétude pour le peuple indien, lequel manifestait son mécontentement il y a peu à Delhi. Car les salaires n’augmentent pas – ainsi le salaire de Suraj n’a pas été réévalué depuis 2 ans – alors que l’inflation est importante. Le fossé entre super-riches et super-pauvres s’élargit sans cesse et le système des castes amplifie le mouvement. Se loger dans les grandes villes devient problématique : Suraj loue une pièce sans fenêtre pour 2500 roupies mensuelles auxquelles s’ajoutent 150 roupies de charge. Cela lui permet de partager les toilettes avec les habitants des 5 autres pièces de l’endroit. Il cherche à se loger mieux mais s’adjoindre une pièce supplémentaire avec cuisine lui coûterait en tout 6 000 roupies. Un appartement de 4 pièces dans la banlieue ultra-chic de Delhi coûte, selon ses dires, 2000 € mensuels.

Un gourou s’est emparé du problème et s’est fait élire à l’assemblée. Chaque jour, cet homme, considéré comme un saint par le petit peuple – un autre Gandhi ?-, demande à ses nouveaux collègues de la classe politique où ils ont placé l’argent de la corruption et en demande le rapatriement des banques suisses où il serait entreposé. Des heures sombres en perspective … Ici, l’assassinat est souvent la solution aux conflits politiques.

En attendant, Suraj nous propose un hôtel différent de celui que nous avons réservé, certes un peu plus cher, mais avec piscine : « the royale ». Pourquoi pas ? Le prix défie toute concurrence pour des hôtels de cette catégorie et les filles ont besoin de cet élément pour bien finir leur journée.


Tandis que nous roulons, les nuages s’amoncellent curieusement autour de nous. Moi qui pensais qu’il faisait toujours beau dans le désert. Mais Suraj nous rassure : il ne pleuvra pas. Heureusement d’ailleurs, car nous ignorons si nos sacs placés sur le toit sont « waterproof ».

Au bout de 5 minutes, c’est un véritable déluge qui s’abat sur nous. La tornade fait s’envoler des arbustes morts sur la route, nous obligeant à diminuer encore notre allure. Quel drôle de climat ! Nous apprendrons le soir qu’il n’a pas plus ainsi à Jaisalmer depuis plus de 4 ans. Mais nous parvenons sans encombre à Jaisalmer, the city of gold, qui mériterait vraiment son nom si elle pouvait bénéficier à cet instant d’un rayon de soleil. Nous devrons attendre le lendemain … car ce soir, c’est plutôt « the city of sand ».

Jaisalmer, c’est une forteresse, encore habitée par 50 000 habitants vivant principalement du tourisme, auxquels s’ajoute une population de 200 000 âmes dans les environs.

Jaisalmer, c’est une forteresse en perdition, car bénéficiant, non pas du tout à l’égout mais du « tout dans le sol », elle s’enfonce irrémédiablement, telle une Venise des sables.

Jaisalmer, c’est une ville dont la majorité des façades des « havelis », ce qui signifie « grande maison », est sculptée. L’art y est donc omniprésent et se développe encore, montrant un tissu artistique extrêmement vivace. Après un riad à Marrakech, pourquoi pas un haveli à Jaisalmer ?

Jaisalmer, ce sont les mêmes animaux que partout ailleurs auxquels il faut rajouter les dromadaires, utilisés comme animaux de bât, et … les sangliers, très présents autour du fort et dont seuls les mendiants peuvent se repaître, cet animal étant considéré comme impur par tous les autres. Les chiens aussi dont les aboiements incessants rendront parfois difficile notre sommeil. Que d’animaux ! Que de bonheur pour nos filles ! Mais quel malheur de ne pouvoir les caresser ! Maudits parents !

Nous emménageons dans notre hôtel, puis y prenons un repas quelconque qui sera sans doute le dernier dans cet établissement. Le lendemain, une visite de la ville est prévue avec un guide francophone.

 

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