Une famille autour du monde

Du sous-continent indien aux indiens des Amériques ...

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Arrivee a Mumbai

20/02/2011 : départ pour Mumbai avec escale à Londres

A l’aéroport, le stress accumulé ces derniers jours retombe enfin. La crainte d’oublier l’indispensable qui nous réveillait au milieu de la nuit n’a enfin plus lieu d’être et nous partons, épuisés mais sereins. Mes parents nous font longtemps signe de la main, s’imaginant sans doute ne jamais nous revoir.

Les 2 heures d’escale prévues à Londres succombent face au retard de notre vol de Paris, à tel point que nous devons courir pour ne pas rater notre second embarquement, espérant que nos sacs à dos ne resteront pas derrière nous. Nous dînons enfin à 23H d’un menu qui sera sans doute notre quotidien pendant 30 jours ; un plat principalement à base de curry. Les filles sont restées stoïques et nous n’avons pas entendu une seule plainte malgré la fatigue et la faim.

La nuit sera courte, avec un décalage horaire de 4H30, et mauvaise. La fatigue accumulée ne dissuade pas les filles de profiter de la vidéo : quel bonheur ! Chacune dispose de son écran particulier que nous éteignons à minuit.

Arrivée à Mumbai à 11H30 heure locale (7 H, heure de Paris) avec un beau soleil qui nous offre bien plus que les 27 °C à l’ombre promis par l’équipage. Et effectivement, il fait chaud, surtout dans le taxi minuscule qui nous emmène vers notre hôtel, à plus d’une heure de là, à Collaba, dernier quartier situé à l’extrémité de la péninsule que forme Mumbai. Heureusement, nos sacs ont été fixés sur une galerie mais c’est malgré tout l’enfer : le bruit, les agressions des klaxons, des autres automobilistes, de notre chauffeur qui fait prestement remonter les piétons sur les trottoirs à coup d’avertisseur et d’accélérations brutales.

Nous découvrons enfin l’Inde, la vraie et nous nous réjouissons d’avoir loué les services d’un chauffeur pour notre périple au Rajasthan. Et s’il n’y avait que le bruit : la saleté, la surpopulation et la misère sont omniprésentes. Nous longeons pendant un long temps le quartier des récupérateurs, constitué de minuscules échoppes de tôle, spécialisées qui dans les bidons, qui dans les pieux, qui dans les cartons.... Des chèvres cherchent leur pitance au milieu des trottoirs : elles doivent se nourrir de poussière

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Et les klaxons. Piétons comme automobilistes, chacun se bat pour sa priorité avec une constante absolue : le plus petit doit céder. Alors malheur aux premiers, lesquels s’en sortent mieux lorsqu’ils sont valides. Ainsi les vieillards, les handicapés plus nombreux qu’ailleurs, agitent leurs sacs pour traverser les routes, exhortant les pilotes à les éviter, les implorant de les épargner. Cela fonctionne malgré tout. Nous n’aurons pas assisté à un accident ce premier jour, mais il s’en aura, à chaque fois, fallu de peu.

A un feu, un invalide brandit soudain son moignon par la portière sous le nez des enfants, déclamant les 3 mots d’anglais qu’il connait : « one roupie, please ». Les filles étaient heureusement prévenues. Un peu plus tôt, c’était une jeune fille brandissant un enfant chétif. Nous nous habituerons sans doute à cette cour des miracles. Nous n’en laissons de toute façon rien paraître, les filles guettant dans nos réactions quelles devraient être les leurs. Alors nous nous insensibilisons ; Et cela marche. La nuit révèlera t’elle chez elles des troubles plus profonds ?

En attendant, notre taxi tourne en rond pendant plus d’une heure dans le centre grouillant postcolonial de Mumbai; il ne connaît ni notre hôtel, le YWCA de Madame Cama road, ni la route qui l’y mène. Il s’arrête à chaque intersection, nous dépose enfin devant un hôtel qui s’avère rapidement ne pas être le bon. Finalement, nous le trouvons mais il est … COMPLET. Nous nous installons dans le lobby et profitons de son confort fourni par l’air conditionné pour nous ressourcer et commander des boissons. Nous parvenons à appeler un autre hôtel et un autre taxi nous dépose au Bentley hôtel situé à 5 minutes de là. Nous disposons enfin d’une grande chambre de style colonial avec balcon. La rue sera calme car des cantonniers sont en train de la repaver. En attendant, cela donne à la rue un petit air de Beyrouth (je ne suis jamais allé à Beyrouth). Au point où nous en sommes ! Nous y dormirons – je pense - du sommeil du juste. La salle de douche est identique à celles visionnées dans le dernier programme de Pékin express, réalisé en Inde, et multiplie les différentes façons existantes de s’arroser. Nous disposons donc d’un lavabo, d’un WC, d’une douche et d’un robinet sous lequel règne le roi déchu du lieu : un seau agrémenté d’une écuelle ; les ustensiles qui ont permis à des générations d’indiens de se nettoyer. L’Inde est moderne mais reste attachée à ses anciennes traditions.

Nous, parents, nous reposons un bref instant tandis que les filles décident de faire leur devoir ( ?!). Mais la faim nous tenaillant – notre dernier repas est pour certains le petit déjeuner avalé à 10 H dans l’avion, voire pour d’autres le dîner nocturne de la veille – nous tentons une première sortie sur les trottoirs surpeuplées de cette mégalopole, tenant la main de nos petites, tous nos sens en éveil, guettant l’irréparable.

Les trottoirs y sont semblables à ceux de toutes les villes d’Asie que nous avons visitées. Ils sont constitués de pavés souvent de couleur ocre, ils sont hauts et dangereux – les trous et dénivelés importants sont fréquents – a fortiori pour les petites jambes.

Les échoppes y sont encore plus présentes qu’ailleurs et tout un petit peuple s’y débat pour survivre et gagner sa pitance quotidienne. Les exhortations sont évidemment constantes mais nous ne pouvons de toute façon pas nous permettre la moindre tentation : nos sacs sont déjà trop pleins.

Une ancienne promesse donne lieu malgré tout à une entorse à la règle et Amélia se réjouit du « carnet de voyage » en cuir intégralement fait main que nous lui avions promis d’acquérir dès notre arrivée : elle y consignera à chaud ses propres impressions. Des larmes pleins les yeux laissent rapidement la place à un gracieux sourire : Aélis se fait offrir par le même commerçant un petit carnet également fait main.

Sur la route, nous avions découvert la cour des miracles – encore - dotée de jambes. Sur les trottoirs gouvernent les culs de jatte : un homme tronc ici, un lépreux là, plus loin un autre les membres curieusement inversés et repliés vers la tête (si bien que nous n’avons toujours pas compris l’origine de son « problème »), et j’en passe.

Egalement des chats faméliques, des chiens galeux que nos filles aimeraient malgré tout tant caresser. Elles les trouvent si beaux ! Quel optimisme !

A côté de cette misère, des boutiques de luxe.

L’inde est dure – nous le savions - et ce 1er contact aura été éprouvant. Heureusement, il y a les indiens et leur gentillesse. Malheureusement, cette gentillesse peut également devenir éprouvante. La recherche d’une direction peut ainsi donner lieu à un attroupement et à un débat. Un participant connaît invariablement quelqu’un qui « connait » et va le chercher. Mais qui croire ? Celui qui a raison doit-il être celui qui klaxonne le plus fort ? Heureusement nous avons tout notre temps.

Auréliane a eu aujourd’hui beaucoup de succès : on la prend en photos. Voyager en famille nous ouvrira donc surement des portes. La majorité des gens regardent nos enfants avec attendrissement. Nous, adultes, en devenons presque transparents.

Nous dînons dans un restaurant indien de shapatis que nous trempons dans diverses sauces. C’est bon mais gras.

Pour ce 1er jour, nos filles nous ont épatés. Elles ont fait front, s’étonnant de tout et de rien, se plaignant rarement alors que tout ici est si dur et si différent. C’est donc avec fierté et attendrissement que je l’écris ce soir avant de m’endormir, la tête remplie du bonheur d’être là en cet instant.

 

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