• Léo

Quel est le bilan carbone d'un tour du monde en famille ? | Notre calcul

Mis à jour : 22 juin 2018


Vous êtes-vous déjà posé la question de l’impact écologique de vos voyages, et en particulier, pour les personnes concernées, de votre voyage autour du monde ? Personnellement, cela me trottait dans la tête, mais je n’avais jamais sauté le pas. Je me doutais bien que notre périple, notre itinéraire ne seraient pas vraiment favorables à la préservation de la planète, malheureusement, mais je n’avais jamais essayé de calculer précisément l’empreinte carbone de notre tour du monde. C’est chose faite. Et ça fait peur... Âmes sensibles d’écolos (comme je suis) s’abstenir !


Faisons d’abord un rapide point sur la relation entre empreinte carbone et tourisme, ses conséquences, avant de passer au calcul fatidique et réfléchir aux éventuelles solutions...



Le tourisme mondial polluerait deux fois plus que ce que l’on pensait


On sait depuis déjà plusieurs années que l’humanité vit à crédit. En effet, le « jour du dépassement de la terre » est annoncé chaque année par le Global Footprink Network, basé en Californie. En 2017, nous avons vécu à crédit dès le 2 août. C’est-à-dire que jusqu’en décembre, nous avons vécu en exploitant plus que la terre pouvait théoriquement nous fournir. Or, nous dépassons de loin ce que la terre est capable de supporter. Il nous faudrait 1,7 planète chaque année pour nous satisfaire. Quelle part de responsabilité a le tourisme dans cette situation ?


Une récente étude a été menée par des chercheurs australiens et taïwanais sur l’impact écologique du tourisme mondial. Les résultats ont été publiés dans la revue britannique Nature Climate Change, et démontrent que l’impact écologique du tourisme mondial a été sous-estimé. Il serait responsable d’environ 8% des émissions de gaz à effet de serre, et non pas de 4 ou 5% comme on le pensait. Cette nouvelle étude prend en compte non seulement le transport (aérien essentiellement), mais également le comportement du touriste durant son voyage : consommables (repas, souvenirs), hébergement, déplacements quotidiens, etc. Les destinations insulaires très touristiques (Maldives, Seychelles, Maurice, etc.) sont les plus touchées. Les voyageurs les plus pollueurs sont les Américains et les Chinois. Ouf ! Pour une fois, les Français ne sont pas mauvais élèves. Enfin, pas les pires. Par ailleurs, l’étude précise que les voyageurs à petit budget ont une empreinte carbone moins forte (pas ou peu d’avion, moins de dépenses). Re-ouf. Et nous, à quelle catégorie appartenons-nous ?


Quelle est l’empreinte carbone de notre tour du monde en famille ?


Comment calculer son empreinte carbone ?


L’empreinte carbone est la quantité de CO2 émise par une personne ou une activité, à ne pas confondre avec l’empreinte écologique. Plusieurs sites proposent de vous aider à calculer la première. Lorsque je voyage, comment la calculer ? En tant que voyageur, votre empreinte carbone est difficile à évaluer selon les critères proposés par ces sites. En règle générale, ceux-ci prennent en compte votre façon de vous nourrir, de vous déplacer, de consommer, étudient les spécificités de votre logement, etc. Certains sites sont plus axés « voyage » et proposent de calculer l’empreinte carbone de vos déplacements en voiture, avion et autres (voyage.chiffres-carbone pour l’Europe, greentripper, myclimate, etc).


Prenons l’exemple du site Greentripper. Il propose de calculer l’empreinte carbone de vos trajets en avion. Pour effectuer le calcul, on vous demande d’indiquer l’aéroport de départ et celui d’arrivée, la classe, et le nombre de personnes. Sur la page de votre résultat, vous devez préciser si vous souhaitez calculer votre empreinte avec ou sans la prise en compte du forçage radiatif. Le quoi ?! Ce sont les traînées blanches laissées par l’avion lorsqu’il vole, et qui ajoutent un effet de serre supplémentaire, doublant ainsi l’impact écologique. Sur cette même page, le site vous donne également des moyennes indicatives, permettant de mieux situer votre empreinte :


  • Budget annuel d’émissions par personne pour limiter le réchauffement à 2 % : 2300 kg CO2 ;

  • Emission moyenne annuelle pour une voiture (15 000 km) : 2222 kg CO2 ;

  • Emissions moyennes annuelles d’un européen : 7 000 kg CO2.


Le calcul de l’empreinte carbone de notre tour du monde


Trajets prévisionnels en avion pour 4 personnes


  • Paris-Zurich :

  1. Émission de CO2 en classe éco : 242 kg

  2. Émission de CO2 incluant le forçage radiatif : 464 kg.

  3. Émission de CO2 incluant le forçage radiatif, et en Business ou en First class : 933 kg

  • Zurich-Sao Paulo : 8131 kg CO2 (avec forçage radiatif et classe éco)

  • Sao Paulo-Santiago du Chili : 2544 kg CO2

  • Los Angeles-Rarotonga (Iles Cook) : 6377 kg CO2

  • Rarotonga-Auckland : 2551 kg CO2

  • Auckland-Denpasar (Bali) : 5704 kg CO2

  • Denpasar-Pékin : 4595 kg CO2

  • Pékin-Tachkent : 3336 kg CO2


Vie quotidienne


Je ne prends en compte que les déplacements en bus ou en voiture de loc. En effet, si nous avions été en France, en une année nous aurions probablement roulé autant (15 000 km environ), soit environ 3 tonnes de CO2. En outre, nous voyagerons en mode routard, en utilisant essentiellement des transports en commun.


En revanche, je ne prends pas en compte le reste. Je suppose que notre empreinte carbone en lien avec notre vie quotidienne (hébergement, repas, achats divers, activités) sera équivalente à notre empreinte française. Nous adopterons un comportement éco-responsable, et non achèterons probablement moins de choses que si nous étions en France (moins de vêtements, de jouets, etc). Certes, notre alimentation ne pourra pas être irréprochable : moins de bio, davantage d’alimentation transformée, davantage d’emballages dus aux repas pris dans la rue, probablement davantage d’huile de palme ou de substances peu favorables à la préservation de la planète. Je pense toutefois que les choses s’équilibrent. Enfin, je me rassure...


Résultats...


Total des émissions de CO2 de notre tour du monde : 33 944 kg de CO2 pour l'avion + 3 000 kg de Co2 pour les transports = 36 944 kg, c’est-à-dire près de 37 tonnes de CO2, soit 16 ans de crédit d’émissions de gaz à effet de serre, si l’on se base sur la moyenne de 2300 kg (x 4 personnes) supposée limiter le réchauffement climatique à 2 %... Gloups.


Mon cœur d’écolo se brise... À quoi bon manger bio, consommer local et de saison, limiter ma consommation de viande et de produits laitiers, composter, ne rien acheter de transformé (ou presque), faire mes produits ménagers et de beauté moi-même, n’utiliser que du papier recyclé ou de brouillon, ne prendre (presque) que des douches et ne pas forcément me laver tous les jours, boire l’eau du robinet, acheter le plus de choses en vrac pour limiter les emballages, acheter et revendre des choses sur Le bon coin, faire mon pain, mes yaourts, aller à l’école à pied, et j’en passe et des meilleurs... ? Bon, je ne suis pas une sainte de l’écologie, loin de là. Je tente simplement d’apporter ma petite pierre à l’édifice. Et j’ai encore du travail. Toutefois, à la vue de ce résultat, je suis un peu désabusée. Tous ces efforts - qui n’en sont d’ailleurs pas, car c’est devenu un plaisir -, pour rien ? Ou plutôt, toute cette fierté de me dire que je participais activement à la préservation de la planète, pour finalement prendre 16 ans de crédit dans la tronche ! Enfin, un peu moins, car là, c’est le prix pour quatre personnes. Allez, on va dire 4 ans. C’est déjà plus digeste.


Mon cœur de voyageuse se brise également... Moi qui n’aurais qu’un rêve, celui de tout quitter (sauf ma famille !), pour vivre en mode nomade digital et parcourir le monde. A minima, le rêve de pouvoir continuer à voyager régulièrement, refaire peut-être un grand voyage. Je ne fais rien de mal, je veux juste découvrir, réfléchir, voir les choses autrement. Il est hors de question que je me prive de cela. La vie perdrait de son sens à mes yeux. Pourtant, il est inconcevable que je vive avec le poids de la culpabilité, alors que je mets tant d’énergie par ailleurs à mener une existence éco-responsable, de renouer avec l’essentiel, de respecter davantage mon corps et l’environnement, de mener une vie plus saine physiquement et psychiquement. Alors que faire lorsque mes deux idéaux s’opposent ? Comment ne renoncer ni à l’un ni à l’autre ?



Comment limiter l’empreinte carbone du voyageur ?


Compenser son empreinte carbone en payant une taxe


J’aurais pu ajouter en sous-titre « payer pour pouvoir polluer »... L’idée est de payer une taxe proportionnelle au coût écologique du trajet d’avion. La taxe CO2 existe déjà pour les membres de l’UE depuis 2012. D’abord versée pour chaque avion qui décollait ou atterrissait dans un aéroport européen, elle a finalement été réservée aux vols intra-européens pour faire taire les protestations de pays non européens.

Des voyagistes se sont également penchés sur la question. C’est le cas notamment de Voyageurs du monde, qui s’est engagé depuis 2010 dans une logique de compensation des émissions de gaz à effet de serre (100 % pour ses salariés et 10% pour ses clients), en participant à des programmes de reforestation. Ryanair s’est lancée récemment dans une politique environnementale invitant les clients à compenser l’empreinte carbone à hauteur de 1 euro.


Pour compenser son empreinte carbone, il est également possible de passer par le site Ecoconso, qui, après avoir calculé votre empreinte, vous la convertit en coût de compensation en euros, afin de vous orienter ensuite vers un projet à soutenir (programme de reforestation, programme hydraulique, etc). Je m’y suis essayée. Pour notre premier trajet, Zurich-Sao Paulo, dont l’empreinte carbone est de 8131 kg de CO2, la compensation est de 98,40 euros. Les projets proposés sont : « Evitez la déforestation à l’aide de foyers améliorés en Ouganda », « Evitez la déforestation grâce à l’utilisation de filtres à eau au Kenya », ou « Laissez nous choisir pour vous ». J’ai poursuivi la simulation pour tous les autres vols. Total : 407,79 euros de compensation. Allez, si on ajoutait les impacts de notre comportement quotidien durant le voyage, il faudrait payer une compensation d’environ 500 euros. Ce n'est pas la mer à boire en proportion du budget de notre tour du monde. Il existe d’autres organismes de vente de crédits carbone comme Atmosfair, My climate, CO2 balance ou Good Planet.


La compensation carbone est-elle la solution miracle ? Non. Le mal est fait. De plus, la concurrence entre les organismes de vente de crédits carbone risque de nuire à l’évaluation objective de votre empreinte carbone, afin que vous optiez pour l’organisme qui vous proposera le crédit le moins élevé. Ainsi, le prix de la tonne de carbone avait-il été évalué à 30 euros par le protocole de Kyoto en 1997, et est-il tombé à 5 euros aujourd’hui. Un nouveau business ? Sûrement. Tout est prétexte à faire de l’argent. Que faire alors ? Pas de miracle. La solution la plus efficace pour éviter de détruire la planète est de voyager mieux. Néanmoins, elle n’est pas parfaite...


Voyager en mode éco-responsable


Le fait de voyager de façon plus responsable ne suffit pas à compenser les effets néfastes du tourisme, du vrai, c’est à dire la totale : trajets en avion, location de voiture, hôtels luxueux, dépenses exorbitantes, gaspillage, pollution, visite des sites ultra-touristiques, etc.


Par conséquent, la solution la moins destructrice serait de ne pas se comporter en touriste, mais en voyageur, en vrai. Ne pas courir après une destination, ne pas chercher à consommer de l’activité, du sensationnel, du divertissement, du kilomètre, mais simplement avancer, errer, explorer, rencontrer, se questionner, se trouver, découvrir. Donner du sens à son voyage et du sens à sa vie. Le Manuel de l’anti-tourisme du sociologue Rodolphe Christin est riche de conseils sur ce point.

En ce qui nous concerne, nous sommes fichus ! Crucifiez-nous ! Les trajets en avion que nous avons prévus, et que nous ferons car c’était notre projet, nous mettent dans le rouge jusqu’à la moelle. Il faut l’accepter. Faire le deuil ! En revanche, nous tenterons d’adopter un comportement en adéquation avec les principes qui me/nous tiennent à cœur. Comme déjà expliqué dans mon article sur notre itinéraire prévisionnel (Je pressentais déjà que notre empreinte carbone ne serait pas terrible !), nous aspirons à vivre en voyageur, et non en touriste.


Voici quelques-unes des règles du bon voyageur que nous essaierons de respecter au maximum (sauf l’avion, on l’aura compris) :


  • Éviter l’avion : marche, vélo, train, cargo, etc. ;

  • Utiliser les transports en commun (surtout le train qui dégage 35 fois moins de CO2 que l’avion) ;

  • Limiter les transports en commun avec climatisation ;

  • Choisir des logements éco-responsables : chez l’habitant, coachsurfing, wwoofing, etc.;

  • Sinon, choisir des établissements labellisés ;

  • Si ce n’est pas possible, faire des choix pertinents : par exemple, pas d’hôtel avec piscine si le pays est en situation de stress hydrique ;

  • Se nourrir de façon responsable : limiter sa consommation de viande, manger local, régional, etc. ;

  • Ne pas laisser de trace de son passage : ne pas gaspiller, ne rien jeter par terre ou dans l’eau ;

  • Éviter les activités polluantes, les attractions irrespectueuses vis-à-vis des animaux ;

  • Boire dans une gourde et non dans une bouteille en plastique ;

  • Limiter l’utilisation de la crème solaire (ne pas sortir lorsqu’il fait trop chaud), ou utiliser un crème solaire sans nanoparticule lorsque l’on se baigne ;

  • Utiliser un moteur de recherche comme Ecosia pour préparer le voyage. C’est un moteur de recherche vert, qui aide à replanter des arbres à chaque recherche ;



Allez, on ne va pas se laisser aller. Hauts les cœurs ! Nous ferons ce que nous pourrons, et je ne vais pas me gâcher la vie et le voyage avec ça. Promis, je me comporterai mieux la prochaine fois ! Voici mes résolutions pour un hypothétique futur voyage au long cours : ne pas prendre l’avion ou un vol aller-retour maxi, voyager plus lentement et rester plus longtemps à chaque étape.


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