• Léo

Je suis une aventurière ! Mais qu’est-ce que l’aventure ?

Mis à jour : 30 août 2018



Dans quatre jours, nous prendrons l’avion pour Santiago, avec une escale à Zurick et une à Sao Paulo. C’est parti pour 10 mois de… mais de quoi, finalement ? De vacances ? De voyage ? D’aventure ? Tout à la fois ?


Le terme « vacances » semble réducteur pour un tour du monde. De surcroît, légalement, c’est faux. Je pencherais davantage pour « voyage ». Dans notre entourage, certains utilisent le terme « aventure », pour qualifier notre périple. Auparavant, j’aurais ri. Nous ne sommes pas des aventuriers, nous n’irons pas vivre deux mois dans la jungle ou parcourir les océans en catamaran.


Depuis, mes lectures m’ont aidé à y voir plus clair. Conclusion : et bien, si, nous sommes bien des aventuriers ! Momo et moi, tout au moins. Nous nous efforcerons d’insuffler l’esprit d’aventure à nos deux apprentis-voyageurs. « Aventure », vous avez dit « aventure » ?


Qu’est-ce que l’aventure ?


Faisons un point sur le vocabulaire. Soyons précis. J’aime ça ! Dans mon esprit, un aventurier, c’est Indiana Jones, Mike Horn ou Mc Gyver, Magellan ou Bougainville. Bon allez, Tintin, éventuellement. C’est une personne qui voyage, qui a une quête, et/ou qui est capable de survivre dans toutes les situations. Un voyageur est une personne libre de ses mouvements, qui parcourt la planète, avec, ou non, une destination ou un itinéraire précis en tête.


Mes lectures m’ont permis de redessiner les contours de ces notions. L’aventure fait le lien entre ces figures du voyage. Le voyageur et le reporter de guerre sont des aventuriers, comme le sont aussi les chefs d’entreprise, les jeunes parents, le voisin ou la grande tante, à partir du moment où ils sont emprunts de l’esprit d’aventure.

Qu’est-ce que c’est que cet esprit d’aventure ? C’est un besoin de nouveauté, de changement, d’inconnu, de prise de risques, c’est le désir de connaissance, le besoin de se sentir vivant, de découvrir, de sortir de sa zone de confort, de fuir le prévisible, le préconçu, le pré-mâché, le prêt-à-porter, le prêt-à-penser, le besoin de s’ouvrir aux nouvelles expériences, de s’ouvrir aux autres.


L’aventure c’est comme une renaissance, comme un aveugle qui recouvrerait la vue, comme un estropié qui se remettrait à marcher. On repart de zéro, on se vide de ce que l’on connaît, on oublie ses références, ses a priori, on commence plus que l’on ne recommence. C’est un nouveau départ. Quel qu’il soit. L’aventure secoue, ébranle, perturbe, déstabilise. Et c’est ça qui redonne vie à nos sens, à nos sensations, à nos sentiments, à nos émotions. Plus rien n’est normal. Tout est nouveau. Le corps et l’esprit sont aux aguets, en alerte. L’instinct animal refait surface. L’adrénaline monte. C’est tout ça, l’esprit d’aventure et l’aventure. De mon point de vue.


Pourquoi chercher l’aventure ?




Pourquoi est-ce que je recherche l’aventure ? Et bien pour toutes les raisons que je viens de donner ! J’aime la liberté, la prise de risques (modérés). J’exècre les carcans, les cages, les cases, les moules dans lesquels il faut se fondre, parce que c’est bien, parce que c’est comme ça, parce qu’il le faut, parce qu’on le doit, parce que c’est rassurant. Je peux m’y plier, je peux m’y complaire, un temps, jusqu’à ce que je bouillonne, jusqu’à ce que j’implose et j’explose.


Admettre qu’il n’existe qu’une seule vie n’est pas pensable pour moi. J’ai eu et j’aurai plusieurs vies en une. Pour moi, 10 mois autour du monde, c’est déjà une vie. Chaque année doit être différente d’une autre. Tantôt pour des raisons professionnelles, tantôt sur le plan personnel. À chaque nouveau départ, quel qu’il soit, j’ai le sentiment de rajeunir d’un an ! J’aspire à ressentir ce sentiment grisant du nouveau départ le plus de fois possibles. Je ne cesse d’entendre l’appel de l’aventure à chaque nouveau calendrier civil ou scolaire. Quel que soit le projet envisagé (nouveau métier, nouveau lieu de vie, nouveau voyage), le challenge est grisant.


Toutefois, pour moi, rien n’est plus excitant que le départ pour un voyage au long cours, sans date de retour. Pourquoi ? Parce que, plus que jamais, toutes les données d’une vie standard sont bouleversées. Toutes les cartes sont redistribuées, les codes brouillés. On perd tous ses repères, surtout si l’on voyage sac au dos. On n’a plus de maison, plus de travail, plus de tâches quotidiennes, plus de contraintes, plus de dépendance matérielle. On ne sait que rarement où l’on dormira le soir, qui l’on rencontrera, combien de temps on restera. On ignore de quoi demain sera fait, on peut ne rien planifier. Le voyage est le meilleur remède contre la routine, ennemie publique n°1 de l’aventurier.


Pourquoi fuir la routine ?


Que l’on soit prévenu, je ne juge personne et je ne prétends pas que ma façon de penser soit la bonne. Il n’existe pas de vérité dans la façon d’envisager la vie. Je vous expose MA vérité. Elle est d’autant plus mienne, que je n’apprécie guère d’avoir le sentiment de dire, de faire et de penser comme tout le monde.


Pourtant, je sais bien que mon discours n’a rien de très original. Toutefois, si nombreux sont ceux qui adhère à cette position, peu sont ceux qui en appliquent les principes. Pourquoi ? Et bien parce qu’il est plus facile de regarder un documentaire sur le Congo, que d’y passer deux mois ; plus simple de continuer à faire un métier qui nous plaît moyennement, que de démissionner ; plus aisé de rester vivre près des siens, que de déménager là où il serait plus intéressant de vivre ; plus facile de rester dans sa zone de confort, que d’en sortir ; plus facile de céder à la routine, que d’y mettre un terme.


Je trouve que le confort rend paresseux. La routine tue. Elle est sclérosante, rend la vie médiocre. Lorsque je suis dans ma vie quotidienne, je ne suis pas au meilleur de nous. Je ne suis plus moi-même. Je ne sais plus vraiment qui je suis, d’ailleurs. Je ne suis qu’un pâle reflet de moi-même, une vague copie, une ombre, un ersatz. Lorsque je suis dans ma zone de confort, je suis imbuvable et me laisse dévorer par mes démons (l’étroitesse d’esprit, la rigidité, l’angoisse, l’aigreur). La colère me gagne et je m’en prends aux autres. En réalité, c’est contre moi que je suis en colère. Je m’en veux de savoir que je m’englue, sans pour autant agir en conséquence.


Car oui, malgré mes belles paroles, moi aussi, la routine me paralyse, m’enveloppe dans une léthargie dont je peine parfois à sortir. Et j’attends souvent la dernière minute avant de réagir, juste avant le coup de grâce. Halte à l’immobilisme ! Lorsqu’un objet cesse d’être manipulé, il est envahi de poussière ou recouvert de mauvaises herbes. Ne restons pas figés, rivés sur nos appuis, campés sur nos positions, noyés dans nos habitudes, englués dans nos certitudes. L’aventure est le remède contre l’ennui, contre l’à-peu-près, contre le juste-milieu, contre l’aboulie, contre l’apathie, contre la passivité.

Mais faut-il encore prendre conscience de cela, de cette incomplétude ? Sans prise de risque, sans changement, l’homme n’est pas complet, il n’est pas au meilleur de lui-même. Il doit se dépasser et sortir de sa zone de confort. C’est alors que la moindre des petites choses du quotidien, qui semblait banal, devient extraordinaire. Et le tour est joué !


D’aucuns diront qu’il est dommage de ne pas savoir se satisfaire de ce que l’on a. Peut-être suis-je capricieuse ? On peut, effectivement, voir les choses comme cela. Et ceux qui parviennent à ne voir aucune ombre au tableau, en suivant le même chemin toute leur vie, sont des gens heureux. En un sens, je les envie ! Toutefois, heureusement ou malheureusement, je mets un point d’honneur à réaliser l’ensemble des possibles, à m’autoriser à rêver de tout, et à tenter de donner vie à ces projets. C’est plus éprouvant, plus chronophage, plus complexe, mais tellement grisant ! Je suis prête à me tuer à la tâche pour ne pas vivre ce que tout le monde vit, ne pas faire ce que tout le monde fait, ne pas emprunter les mêmes chemins. Place à l’aventure ! Et j’aimerais tant que mes enfants réfléchissent de la même façon.


Comment transmettre l’esprit d’aventure à nos enfants ?





Les gens n’ont jamais autant voyagé qu’aujourd’hui, le monde n’a jamais offert autant de possibilités, et pourtant, nos sociétés modernes n’ont jamais été autant obsédées par la sécurité. Tout doit être aseptisé, encadré, réglementé, protégé. Où est la prise de risque ? Où sont les aventuriers ? Aujourd’hui, alors que plus que jamais nos économies ont besoin d’un esprit d’initiative et d’entreprise, les jeunes envisagent le risque, et donc l’aventure, uniquement dans son versant morbide.


Pour eux, prendre des risques, c’est jouer avec sa vie, c’est se faire du mal et voir jusqu’où le corps tiendra, c’est montrer aux autres que l’existence n’a que peu d’importance. Les jeunes s’ennuient, les jeunes dépriment, se font du mal. Ils ont le sentiment de ne plus avoir de perspectives, de ne plus avoir d’avenir, que tout est fichu. Mais comment penser cela alors que chacun est maître de sa vie ? On peut tous changer de vie, partir à l’aventure : ouvrir un bar, déménager à l’autre bout de la France, monter une start-up, découvrir le monde… L'esprit d'aventure peut porter sur le domaine professionnel, sur le mode de vie, le lieu de vie, la façon de penser, etc.


On peut se poser la question de l'inné ou de l'acquis. La curiosité est naturelle. L'esprit d'aventure ne le serait-il pas ? Est-ce notre éducation, notre environnement qui le développe ou l'étouffe ? Je pense que oui, et je plaide coupable ! Mon côté maman surprotectrice, qui tend à disparaître petit à petit, a, sans aucun doute, engourdi, endormi leur esprit d'aventure. Par conséquent, il nous faudra le réveiller, le réactiver. Mais j'ai confiance, il n'est probablement pas si enfoui que cela, au vu de leur jeune âge.


En partant en voyage durant 10 mois, j’espère pouvoir insuffler à nos enfants (ou développer) le goût, l’esprit de l’aventure. Encore une fois, il ne s’agit pas uniquement de leur donner le virus du voyage, mais de leur apprendre à se dépasser, à vaincre ses peurs, à s’adapter à toutes les situations, à faire face à l’inconnu, aux imprévus, à goûter au sentiment de liberté, à s’ouvrir aux autres, à croire en ses rêves, à comprendre que ceux qu’on laisse en France ne nous oublient pas.


Aimer l’aventure est-ce renier les siens, ses racines ?


Je pars faire un tour du monde en famille et me plais à répéter que je ne suis pas triste de laisser mes amis et ma famille. On pourrait penser que je suis sans cœur, que je n’ai pas d’attaches. C’est évidemment faux. Mon attachement aux miens est aussi fort que mon addiction au changement. Ce n’est donc pas peu dire ! Je suis fidèle en amitié et mes amis me le rendent bien. J’ai compris que peu importait la fréquence de nos rencontres. L’intensité et la profondeur de nos relations comptent davantage. Par conséquent, même à l’autre bout du monde, je sais qu’ils sont là, qu’ils ne m’oublieront pas, et c’est réciproque. Je sens leur présence (surtout grâce à WhatsApp!), et cela me nourrit. Inutile de les voir trois fois par semaine.


C’est pour cette raison que pour rien au monde, je voudrais vivre ailleurs qu’en France, qu’en Bretagne (appel du pied adressé à Momo!). J’aime mes proches, j’aime ces lieux qui ont du sens pour moi. En voyageant, je ne cherche aucunement un « ailleurs ». Je ne crois pas en la promesse d’une vie meilleure dans un autre pays. J’aime ma vie, j’aime mon pays, j’aime mes amis. Aspirer à un idéal à l’étranger est vain. J’ai déjà trouvé mon idéal affectif et géographique. En m’établissant en Colombie ou à Bali, je serai excitée la première année, et puis, le temps ferait son œuvre, et la routine serait de retour. Le quotidien nous suit partout. Même si l’on en change, si l’on modifie les règles, le changement devient à son tour une routine. Si je voyageais sans cesse, le voyage deviendrait mon quotidien, et donc une routine. Ce que je trouverais, un temps, exotique et singulier, deviendrait familier et banal. C’est alors qu’il serait temps de rentrer.


J’aime partir, pour mieux revenir. Le marin n’a-t-il pas besoin de rentrer au port ? Les hommes ont besoin d’aventure pour se sentir vivant, mais également besoin de sécurité. Une vie nomade me séduirait, mais deux ou trois ans, pas davantage. Et encore, avec une pause de un ou deux mois en France, chaque année. J’ai besoin d’alterner entre sécurité et prise de risque, entre connaissance et découverte, entre racines et envol, entre courage et paresse, entre adaptabilité et rigidité. J’aime revenir pour retrouver les miens. J’apprécie également le retour pour vivre une sorte de renaissance. Lorsque l’on revient de voyage, on revient avec de nouveaux yeux. On apprécie à nouveau, à leur juste valeur, toutes les choses que l’on ne savait plus regarder correctement.


Puis les yeux s’embuent, petit à petit. Il devient alors impératif de répondre à l’appel de l’aventure, avant que la vision soit trop floue. C’est parce que l’on prend sa force dans les siens, dans ceux à qui l’on tient, que l’on trouve le courage de repartir vers de nouveaux horizons.




Je serais donc une aventurière ! Ok. J’accepte ! Pourvu que ça dure. Et espérons que les enfants aient un minimum cet esprit en eux, où l’acquiert rapidement, sinon ils risquent d’être malheureux durant le tour du monde ! Longue vie à l’aventure !



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